SaintéLyon 2013, la 60ème.

Septembre 2013, après une saison bien remplie (Transmarocaine, raid EDHEC, Aventure Aveyronnaise), voilà que Mathieu me chauffe sur la Saintélyon : « Si tu ne fais pas la Saintélyon, tu ne seras jamais un vrai lyonnais… et tu seras une petite caisse ». Puis j’ai aussi entendu : « fais attention, tu verras, c’est une course où les gens se blessent ». Les bases sont posées. Voici donc le meilleur moyen de finir une belle saison 2013 sur ce défi « con » ultime : 75km de course à pieds, de nuit, dans le froid et la neige. Rendez-vous pris pour la nuit de samedi à dimanche 8 décembre 2013, jour des Lumières à Lyon. Blague à part, Mathieu et moi avons quand même prévu d’aller sur la Mégal’o Night à la fin du mois, objectif : ne pas se blesser !

Pour faire simple, il me reste alors trois mois pour me mettre en tête cette nouvelle échéance et remonter un plan d’entraînement construit et réfléchi, tout en intégrant les raids prévus (raid nature 42, raid orient’alpin, raid nature 46). De plus, ce sera mon seul et unique « trail » long de l’année. La préparation sera donc simplifiée et très classique (lundi : étirement, mardi matin : footing, mardi soir : VMA avec les GR, mercredi : gainage, jeudi matin : footing, jeudi soir : seuil avec les GR et sorties longues ou raids les week-ends). Je ferai juste attention à ce que je mange pendant les deux derniers mois et limitera à peine les verres d’alcool, histoire de ne pas accentuer la frustration et de tenter de s’affiner (objectif non atteint aujourd’hui : masse graisseuse perdue mais le poids de la masse corporelle restée stable).

Les semaines s’enchaînent et vient alors la question de l’équipement. Après deux ou trois conseils glanés, pas de révolution en vue, pour un parcours comme celui de la Saintélyon, que nous pouvons qualifier de roulant voire très monotone, avec autant de kilomètres parcourus sur route que sur les chemins, il faudra opter pour une paire de chaussures « mixte ». Plus à mon aise en trail que sur piste, je choisirai les Crossmax 2 de Salomon. Deux semaines d’essais seront concluantes. Pour la tenue, toujours du classique, du froid et pas de pluie annoncée, donc ce sera un cuissard long pour les jambes et manches longues et coupe-vent pour le haut, deux frontales et un sac à dos avec le nécessaire en vivre pour tenir toute la nuit. Tout est fin prêt. La forme est bonne et la tête est bien aérée. Il ne nous reste plus qu’à attendre le départ de cette fameuse 60ème édition de la Saintélyon.

En petit bonus, j’ai la chance, et ce fut d’ailleurs un élément primordiale pour mon inscription, de me faire accompagner tout au long du parcours par Mathilde et Pauline. Elles auront la charge de me supporter et de me préparer mes ravitaillements.

Jour J : arrivés avec mes suiveuses à 22h30 dans les halls du Parcexpo de Saint-Étienne. La météo est clémente mais il fait froid (-2°C au départ et -4°C sur les hauteurs). Le lieu est plein de monde, plein de coureurs équipés et prêts comme des champions. La plus part tentent de dormir sous les échos d’un speaker qui lui essaye de réveiller un public d’endormi… L’ambiance est bonne mais ce n’est pas non plus la grande fête. Pour mémoire, cette année, la Saintélyon regroupe trois parcours et donc plus de 13000 concurrents répartis sur des équipes de relayeurs de 2,3 ou 4 personnes et des individuels. Sur le 75 km, 6000 coureurs solos sont attendus. S’ajoute à cela plus de 500 bénévoles. C’est une grosse machine qui est en route. Nous rejoignons Marion, Cathy, Laure (sur un relais), Mathieu, Pierre et Jérôme. Nous croisons même Félix qui dépanne une équipe d’amis. Sur la SaintExpress, Sophie, Alain et Antoine sont déjà dans les starting-blocks. Les Gones Raideurs sont bels et bien présents !

23h45, après un aller-retour express au camion pour récupérer ma puce de comptage… j’abandonne Mathilde et Pauline pour rejoindre Marion, Mathieu et Pierre, sagement installés au milieu du sas « moins de 9 heures », estimation faite sur une base de 8-9 km/h en moyenne. Nous sommes bien détendus mis à part Pierre qui cogite un peu sur sa première expérience de trail long.

Nous allumons nos frontales, Feu !

C’est parti pour 75km roulant et pas très ludique. Nous sommes portés par une masse impressionnante de coureurs. Le départ est rapide, comme prévu. Il faut sortir vite de Saint-Étienne afin d’éviter les bouchons sur les chemins. Notre petit groupe de GR est éclaté, chacun à son rythme. Pari tenu, il n’y a pas top d’embouteillage et j’arrive en un peu plus d’une heure et demie à Saint Christo-en-Jarez où m’attendent pour la première fois mes deux « ravitailleuses » de choc. L’arrêt est rapide, le temps de boire un coup, manger un morceau de banane et d’échanger trois mots. Je suis bien en jambes et serein dans la tête. Je poursuis ma route dans ce peloton toujours aussi dense.
 
Les kilomètres s’enchaînent et les faisceaux des frontales laissent une belle traînée blanche dans le paysage d’ouest lyonnais. Les bords de routes et les villages sont encore bien animés. Dès que le parcours quitte la route et file dans les chemins, tous les concurrents assistent à un florilège de cascades en tout genre. Le nombre de chutes est impressionnant. Aucun ne rechigne à tendre une main pour aider à se relever ou dans le meilleur des cas proposer un bras ferme afin d’éviter un énième contact avec le sol glacé. Malgré son équipement de pointe, le coureur n’est pas très habile dans ce terrain plus approprié au patinage artistique qu’à la course à pieds. Pour ma part, j’esquivais de justesse un gros bleu sur les fesses grâce à un inconnu qui me rattrapa au milieu de la populace. Toujours malgré son équipement de pointe, le coureur de la Saintélyon est râleur quand tu t’avises à le doubler dans une descente « technique ». Tout va bien dans le meilleur des mondes quand le terrain est facile mais dès que cela se gâte, les esprits s’échauffent. Je cherche toujours le mal que j’ai pu faire en doublant ce brave monsieur.

Bref, le ravitaillement de Sainte-Catherine se rapproche alors que je vois au loin mon camion garé. Nous sommes à 8km du lieu de rendez-vous. « Allô Mathilde, vous êtes garés ? – Oui – Ba je vous vois, laisse tomber Sainte-Catherine, on se rejoint à Soucieu-en-Jarrest. » Rien de grave, je poursuis mon chemin jusqu’à Saint-Catherine (km30) où j’arrive à 3h00 du matin. Je suis dans mes estimations de temps et on m’annonce dans les 500 premiers arrivants. Ce n’est pas mon problème ! Le ravitaillement est encore calme. Le temps de recharger mon Camel-back, répondre au speaker, je ne traine pas et repars en marchant pour finir ma poignée de chips. Quelques kilomètres plus loin, Pierre me reprend calmement dans une montée. Il est bien et a l’air frais. Il m’avoue avoir des problèmes gastriques, peut-être liées à la boisson froide. Il a peut-être des soucis mais il avance toujours aussi légèrement. Je ne le reverrai plus. Je m’attends à voir revenir Marion et Mathieu.

Ravito de Saint-Genoux puis arrivé sur Soucieu en Jarrest : je viens de parcourir les 25 km les plus sympas et plus sauvages du tracé en 3h. Ce n’est pas un rythme extraordinaire mais je me sens bien à l’exception des jambes qui commencent à tirer depuis une trentaine de minutes. Ce petit moment de plaisir est gâché pour moi au vue des innombrables papiers, tubes de gels et puces électroniques abandonnés sur les chemins… Ça ressemble à un lendemain de fête tellement le sol est crade. Je rumine en m’indignant contre ces abrutis de coureurs qui prônent un sport nature propre. On m’avait parlé de la magie de la Saintélyon, j’espère que ce n’est pas celle-là. J’apprendrai quelques jours plus tard, dans une dépêche d’ExtraSport, que les bénévoles AREMACS parcourront l’intégralité du parcours et ramasseront 2 sacs de 100L de déchets.  Je constate également et malgré que le peloton ne se soit étiré que l’ambiance est toujours aussi tendue, ridée. La nuit et la difficulté des conditions semblent en être l’excuse. Quoi qu’il en soit, il n’est pas facile d’échanger ne serait–ce que deux mots d’encouragement ou de bienveillance. Alors inutile d’espérer recevoir un merci. Quelle est bonne cette ambiance de coureurs dans un peloton loin des avant-postes. Chacun restera dans sa bulle pour le meilleur des mondes.

Soucieu-en-Jarrest est donc là et par la même occasion mes deux assistantes qui m’attendent avec un large sourire qui réchauffe la tête. Je suis aux petits soins. Elles s’occupent très bien de tout et de moi. J’ai juste à me soucier de boire mon thé chaud. Sac chargé, frontale remplacé, encouragement reçus, je repars pour cette dernière partie jusqu’à Lyon. Il est 6h10, la nuit est encore présente mais plus pour longtemps.

Le jour pointe et le paysage s’ouvre sur Lyon non-loin de là. Cette dernière vingtaine de kilomètres est très roulante. Les pistes sont larges. Il est primordial de garder le moral pour tenir le rythme et continuer de courir, quoi qu’il arrive : courir. Parlons des paysages. Heureusement qu’il faisait nuit car je doute de l’intérêt de la beauté du parcours de jour. J’imagine que ce plaisir était gâché par la douleur infligée par mes pieds bien esquintés. Le temps défile et en longeant un aqueduc romain,  j’arrive à Beaunant. Camille est à son poste, bénévole pour AREMACS, il a l’air de bien s’ennuyer mais Mathilde et Pauline lui font la causette en m’attendant. Dernier ravitaillement sur Saintélyon, ma gorge se noue, la fin est proche et je suis encore dans les temps pour arriver en moins de 9 heures. J’avale une compote et me ressaisis. Il est temps d’en finir.

Plus que sept kilomètres, il est 7h50, le soleil se lève sur les hauteurs de Lyon. Il fait bon courir ce matin, nous croisons beaucoup de joggers qui nous encouragent. Cette dernière portion me paraît interminable. Je continue de courir mais je n’avance pas bien vite avec l’impression de me faire doubler à chaque pas. Beaucoup de relais en finissent et beaucoup de solos en ont gardé sous la semelle. Gerland est en vue, encore trois kilomètres… Je continue à trottiner sans n’être porté par quoi que ce soit comme d’autres pourraient raconter « je courais à 25km/h sur des œufs en pensant à la misère du monde, mes amis, ma famille… ». C’était surtout avec l’envi d’en finir !

8h46min : Je suis content d’en finir. Je franchis la ligne et mon émotion au Beaunant s’est évanoui. Je vois Mathilde et Pauline qui me félicitent. Je suis heureux qu’elles soient là pour ne pas être dans l’anonymat du finisher. Pierre est déjà arrivé depuis 30 minutes. Il a galopé.

« Je suis bien arrivé » texto à Julie qui commençait à s’inquiéter. Oui, comparé au 5h32 de Benoît Cori, je me suis traîné !

Je récupère mon t-shirt de finisher. Je l’ai mon t-shirt vert, que je ne mettrai peut-être jamais. Je me sens bien. J’ai mal aux jambes. L’esprit va bien mais j’ai du mal à atterrir. Je suis indifférent, comme une sensation d’inachevé alors que je suis pleinement satisfait de ma course et de mon pari tenu. Je suis sur ma faim dans l’aire d’arrivée. L’ambiance est toujours aussi monotone.

Marion et Mathieu arriveront une petite heure plus tard, suivi de Loïc, Laurent puis de Cathy. Félicitations à tous nos GR qui ont certainement fait attention à leur détritus !

Une semaine après, ma redescente de cette Saintélyon est bonne. J’ai digéré mes aigreurs et alors que je ne me voyais plus refaire cette couse, somme toute inintéressante, ça ne remplacera jamais un beau trail en montagne, je me surprends à envisager à me rengager afin d’améliorer mon temps. Ne jamais dire jamais, il parait, surtout devant l’engouement pour cette course et les messages reçues, que je remercie d’ailleurs.
Je remercie aussi très chaleureusement Mathilde et Pauline pour leur soutien.

Damien

6 réflexions au sujet de « SaintéLyon 2013, la 60ème. »

  1. Félicitations pour ce très beau résumé, avec de belles photos et surtout pour ta belle course.
    Pour le ressentit de la course, complètement d’accord avec toi,hormis le coté historique, les conditions météo spécifiques et le fait que cela regroupe plus de 10 000 coureurs, je n’ai pas très apprécié cette course.
    Je l’ai faite 1 fois et cela restera bloqué à 1 fois.

  2. C’est une course pour les bitumeux et on y retrouve la même ambiance que sur la route Dommage il vaut mieux avoir l’esprit raid et nature. Par contre chapeau au GR belle performance car cela reste une course éprouvante avec un style particulier.
    Merci bonnes fêtes

  3. Yep, merci pour ce CR bien rédigé et relatant l’esprit de la course un peu comme je l’ai vécu en 2010.
    Bien d’accord avec toi, Un trail en montagne c’est qd même plus fun et surtout plus dans l’esprit GR!!!
    Mais malgré ces critiques négatives, je pense que c’est tout de même une coure à faire 1fois dans sa vie.
    Encore bravo pour ta perf!

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